lundi 21 mai 2012

La Reine, Dollard et les Patriotes


Au calendrier canadien, chaque année depuis 1845, le lundi avant le 25 mai est un jour férié. À la base, cette journée était consacrée à la célébration de la naissance de la reine Victoria (1837-1901). Pourquoi cette Reine plus qu’un autre souverain ? C’est cette dernière qui se trouvait sur le trône lors de la Confédération canadienne en 1867.

Au début du 20e siècle, le 29 mai 1910 plus précisément, a lieu une journée de fête pour la commémoration du 250e anniversaire de la bataille du Long-Sault, a laquelle aurait pris part de façon héroïque, Dollard des Ormeaux. On débutera une campagne de souscription dans le but de créer une statue en l’honneur du «héros». Cette statue se trouve à Montréal, au parc Lafontaine. Cependant, les Canadiens anglais se dissocient assez rapidement des réjouissances, ne se retrouvant pas dans cette fête religieuse et patriotique. À partir de 1918, une tradition est établie pour effectuer un pèlerinage sur les lieux de la bataille. C’est en 1966 que s’arrêtera cette tradition, alors que, suite à de nombreuses manifestations indépendantistes en faveur de la lutte d’émancipation des Patriotes, la statue de Dollard des Ormeaux sera la cible d’un attentat à la bombe non revendiqué, la veille de la commémoration. Par la suite, la montée de la présence de la publicité dans les médias reprendra la fête de Dollard des Ormeaux pour en faire la fête de Dollar ($).

Gravure représentant Dollard
des Ormeaux lors de la bataille
du Long-Sault
Une certaine controverse existe pour cette histoire de Dollard des Ormeaux en tant que héros. Selon les autorités religieuses de l’époque, Dollard fait figure de héros martyr de la nation catholique canadienne française. Il aurait sauvé la colonie d’une attaque sournoise et mesquine d’un groupe d’Iroquois païens. Cependant, différentes versions de l’histoire circulent. Dollard des Ormeaux ne se trouvaient pas par hasard près du Long-Sault. Il y était en compagnie de son groupe dans le but d’intercepter un convoi de fourrures se dirigeant vers Montréal pour en faire le commerce. Par contre, les Iroquois, ayant aussi eu vent de la présence de ce convoi se seraient rendu en même temps au même endroit. Les Iroquois étant plus nombreux, ils ont eu le dessus sur la petite poignée de Français et des quelques Hurons présents. Certaines versions racontent que Dollard aurait eu un petit accident avec un baril de poudre qu’il aurait voulu lancer à la tête de ses ennemis mais qui serait revenu vers lui, l’entraînant dans la mort. Un pirate malchanceux plutôt qu’un héros ? Personne ne connaît vraiment la vérité.

Bataille de Saint-Denis
Alors qu’après l’attaque du monument commémoration du parc Lafontaine mentionné plus haut, la fête de la Reine reprenait toute la place en cette journée férié canadienne du mois de mai, la situation changera de nouveau en 2003. Suite à un décret le 20 novembre 2002, par le gouvernement québécois (le Parti Québécois étant au pouvoir), on commémorera le souvenirs des Patriotes et de leurs revendications de 1837-1838. La journée fériée sera renommée Journée nationale des Patriotes.  On déplace alors la journée de commémoration, non fériée, qui leur était alors consacrée depuis 1982 (le dimanche le plus près du 23 novembre) à ce jour férié dans le calendrier canadien. Le mois de novembre représentant l’apogée des révoltes patriotes de l’époque, avec les batailles de St-Denis et de St-Charles. 


Alors que l’on reproche au clergé de l’époque d’avoir créé de toutes pièces un héros pour accroître le sentiment patriotique et religieux des Canadiens français, la commémoration des Patriotes, si les événements de 1837-1838 sont mal ou peu expliqués, pourrait en venir à la même conclusion concernant le sentiment patriotique pour les générations futures. Reste à savoir quel personnage ou groupe de personnes fêtera-t-on alors lors de cette journée fériée du mois de mai. Seul l’avenir nous le dira… 






Sources :
GROULX, Patrice, Pièges de la mémoire : Dollard des Ormeaux, les Amérindiens et nous, Hull, Éditions Vents d’Ouest, 1998, 436 p.

1 commentaire:

  1. A chaque fois que la politique se mele de l'histoire, on ne peut vraiement pas parlé d'histoire.

    RépondreSupprimer